Alliance numérique :: Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Antoine Carre :: Diplômé d’une école de commerce française et d'une école informatique, ma carrière a débuté en tant qu'ingénieur commercial en charge du marché français et du Benelux chez l'éditeur britannique Uniplex. Après plusieurs années dans cette entreprise, j’ai repris la direction d'une société de conseils spécialisée dans le placement de consultants et de formateurs. C’est en 1998 que j’ai fondé Bug-Tracker, le premier laboratoire de tests indépendant en France. Étant moi-même un « Gamer », c’est après avoir rencontré de nombreux bogues et problèmes linguistiques et culturels à l’intérieur de mes jeux vidéo favoris que l’idée m’est venue de créer une entreprise qui serait spécialisée dans l’offre d’une externalisation complète des processus de contrôle qualité. J'ai donc fondé Bug-Tracker sur un concept très précis : ramener les comportements de l'utilisateur auprès des éditeurs, en leur apportant une meilleure conscience du joueur.
AN :: Présentez-nous également Bug-Tracker ?
AC :: Depuis sa création, Bug-Tracker s’est constamment développé jusqu’à atteindre une dimension internationale. Nous sommes aujourd’hui un des leaders mondiaux dans la prestation de services d’Assurance Qualité et de Localisation. Nos laboratoires dotés d’équipements « Next-Gen », situés à Montréal, à Paris et depuis tout récemment, à Chengdu, nous permettent d’accueillir plus de 300 testeurs. Porté par une extraordinaire croissance, Bug-Tracker n’a cessé de doubler ses effectifs chaque année. Ayant collaboré sur plus de 2500 projets, nous avons développé une expertise et nous nous sommes bâtis une solide réputation grâce à la qualité et à la flexibilité de nos services.
AN :: Grâce à Montreal Digital in China vous êtes allé en Chine. Comment cela s’est il passé?
AC :: Cette mission commerciale a été très enrichissante ainsi que productive. Accompagné du Maire de Montréal, M. Gérald Tremblay qui a facilité notre rencontre avec plusieurs entreprises chinoises de l’industrie du jeu vidéo, nous avons eu l’occasion de découvrir le véritable potentiel commercial de la Chine en plus d’avoir l’opportunité de tisser des liens avec certaines de ces entreprises.
AN :: Vous venez d’implanter un Studio là-bas. Quelles sont vos ambitions, vos objectifs, à moyen et long terme?
AC :: Le processus d'ouverture du nouveau studio a été mis en œuvre avec souci d’une amélioration constante de nos services. Dans un premier temps, tous nos efforts sont déployés à la formation de nos équipes de testeurs. La gestion des ressources humaines, plus particulièrement le processus de recrutement, est un élément auquel nous accordons une très grande importance et sommes très attentifs et vigilants dans son application. Nous planifions constituer une équipe de plus de 100 testeurs d’ici l’année prochaine, afin d’être en mesure de satisfaire à la demande du marché local chinois et ultimement, du marché asiatique dans son ensemble.
AN :: Quels sont les avantages concurrentiels de la Chine?
AC :: La taille du marché chinois est le premier aspect qui a attiré notre attention. Avec plusieurs millions d’utilisateurs de jeux en ligne et ce chiffre qui ne cesse d’augmenter, il existe un potentiel d’affaires immense pour la prestation de nos services. On ne peut ignorer la meilleure gestion des coûts praticable en Chine, qui est incomparable aux structures offertes à Montréal et Paris. Toutefois, il serait très insouciant de reposer notre stratégie sur cet avantage volatile.
AN :: Comment décidez-vous de ce qui est fait à Montréal et de ce qui est fait en Chine ?
AC :: L’allocation des ressources pour chaque projet se fait selon un ordre presque naturel. Chaque région où nous nous sommes implantés possède ses propres spécificités locales. Le lieu de production est donc décidé selon ces spécificités. Cette notion prend tout son sens lorsque l’on considère nos services de Localisation par exemple. De façon générale, chaque studio s’affaire à offrir des services de traduction et d’adaptation culturelle en fonction du continent où il est établi : Montréal est spécialisée dans les langues nord et sud américaines, alors que Paris se concentre sur les langues européennes, et l’accent est porté sur les langues asiatiques à Chengdu. Dans le même ordre d’idée, notre service de « Groupes de discussion », qui consiste à recueillir les impressions et observer les attitudes de la clientèle cible, a comme priorité de faire des études à partir d’un échantillon de joueurs obtenu dans le marché où le jeu sera distribué.
Nous considérons aussi l’expertise développée dans chacun de nos studios : c’est à Montréal que se trouve le savoir-faire de notre service en Précertification (TSA). Depuis plusieurs années, l’emphase a été portée à parfaire et perfectionner ce service avec notre équipe présente à Montréal. En collaboration avec nos clients, on parvient aujourd’hui à obtenir un taux de réussite de plus de 94 % lors d’une première soumission.
Une juste observation et utilisation de ces expertises et spécificités régionales respectives s’imbriquent dans notre stratégie d’offrir un service sur-mesure à nos partenaires grâce à notre initiative de globalisation.
AN :: Pensez-vous qu’il y ait un risque de délocalisation massive de certaines entreprises d’ici vers l’Asie, la Chine et l’Inde, par exemple ?
AC :: En ce qui nous concerne, l’ouverture du studio en Chine nous permet une plus grande flexibilité de notre offre. Étant positionné sur trois continents, nous tirons avantage des différents fuseaux horaires grâce auxquels nous sommes en mesure d’offrir un service 24 hrs par jour, 7 jours sur 7, et ce, à un coût très compétitif. Toutefois, notre siège social est établi à Montréal, et il serait inconcevable de le relocaliser en Chine. En effet, même si le rythme du développement de l’industrie du multimédia s’intensifie en Chine, la région du grand Montréal reste un pôle incontournable de l’industrie. De nombreux acteurs internationaux majeurs du secteur y sont présents. L’activité générée par la proximité de ces intervenants est ici, comme nulle part ailleurs, facilement assurée grâce à un bassin de personnel qualifié et motivé avec un fort potentiel d'expertise.
AN :: Vous travaillez en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Quelles sont les principales différences sur le plan des méthodes de travail, des habitudes, etc. entre ces marchés ?
AC :: Il n’existe pas de différences majeures dans notre gestion des trois studios. Nos procédures et méthodes de travail sont standardisées au niveau de la sécurité, de la communication et des procédures de production dans chacun d’eux. La même rigueur et attention est portée à l’offre d’un service d’une qualité uniformisée. Nous appliquons d’ailleurs les normes ISO 9001-2000 sans différenciation dans tous les studios.