AN :: Parlez-moi de vos projets?
SG :: Le Centre NAD a toujours eu de nombreux projets sur la table, c’est ce qui nous a permis, depuis 15 ans, de rester au dessus de la mêlée, à l’avant garde. C’est pour cela qu’on fonctionne avec des comités consultatifs, qu’on est proche de l’industrie. On est probablement l’une des rares maisons d’enseignement au Québec, dans notre secteur, à marier aussi bien formation professionnelle (pour les gens qui sont sur le marché du travail) et formation initiale (les jeunes qui cherchent un emploi).
On a également toujours un standard de qualité élevée. Ce qui explique que l’on soit un centre de formation autorisé par les différents logiciels; un lieu d'échange neutre pour l’industrie, que l’on ait toujours eu un grand nombre de rencontres qui positionnait le Centre NAD dans un contexte professionnel, mais de formation de haute qualité.
Depuis 1992, toutes les personnes qui travaillent ici ont oeuvré dans ce sens. En 1997, lorsque l’on a ouvert le programme de jeu, on était alors les premiers au Canada, on s’est fait drôlement regardé, mais je pense que l’on a fait nos preuves par la suite.
Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte où l’industrie du jeu vidéo a tellement mis de pression sur les maisons d’enseignement et sur la pénurie de main-d’œuvre, qu’il y a eu une explosion au niveau de l’offre de formation, que ce soit positif ou négatif. Le Centre NAD a donc décidé de réagir tout en restant à l’avant-garde. Pour ne pas qu’il y ait confusion avec ce qui est offert ailleurs au niveau collégial, nous avons donc souhaité nous démarquer, faire autre chose. Comment? On a regardé notre clientèle, nos étudiants, au niveau de la formation initiale, pour constater qu’ils ont déjà une formation collégiale, on est donc déjà au niveau post collégial. Il faut s’adapter au marché québécois où la gratuité scolaire est importante. On s’est donc dit : « Osons, et tournons nous vers la formation universitaire. »
Dans ce contexte, nous avons développé, avec l’accord du Cégep de Jonquière, un partenariat avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui est déjà reconnue pour son baccalauréat interdisciplinaire en art. On unit donc nos domaines de compétences pour offrir une formation de haut niveau, complète et pertinente de niveau universitaire. En fait, ce qui est très excitant, c'est que nous venons d’obtenir l’approbation pour le Certificat en animation 3D et design numérique et que nous travaillons ardemment au dépôt d’un baccalauréat. Nous sommes donc en recrutement actif pour le certificat et offrirons le cours dès septembre 2008 à un maximum de 60 étudiants à Montréal dans les locaux du Centre NAD.
Avec notre projet de Bac, nous pourrons porter notre expertise à un niveau supérieur, cela nous permettra d’offrir plus de cours et d’approfondir ainsi certaines notions enseignées. L’idée n’est pas de prendre nos cours et de les adapter au Bac. Le but est d’améliorer la formation et de jumeler les besoins en art et d’animation traditionnels dans un contexte d’animation 3D. Toujours en faisant en sorte que même si l’on est dans un contexte de baccalauréat, que la philosophie et la culture du Centre NAD apparaissent à travers ces cours afin que les étudiants aient des projets en relation très étroite avec les besoins de l’entreprise. On ne veut pas se déconnecter de ce qui se passe dans l’industrie, mais au contraire utiliser le médium du baccalauréat pour que les étudiants puissent développer toutes sortes de projets qui vont les préparer au marché du travail qui les attend.
AN :: J’imagine que ce projet a été mis en place en concertation avec les entreprises afin de répondre à leurs besoins?
SG :: Absolument. Par le biais des comités consultatifs, des chargés de cours, de professeurs qui travaillent aussi en entreprise et une fois le programme du baccalauréat finalisé, on consultera de nouveau l’industrie de manière encore plus pointue pour validation.
AN :: Quand sera-t-il ouvert?
SG :: Pour le Certificat, nous sommes déjà en recrutement pour septembre 2008. Pour le baccalauréat, c’est la question à un million! On souhaite que rapidement les étudiants puissent avoir l’option de continuer au baccalauréat après le certificat dans nos locaux, nous travaillons donc très fort pour déposer le projet auprès des instances décisionnelles le plus rapidement possible et ensuite il faut patienter et attendre les délais de traitement.
AN :: J’imagine que ce projet signifie un agrandissement?
SG :: Si on incorpore un baccalauréat, cela signifie que les étudiants vont rester dans nos locaux pendant presque trois ans. Comme les cours vont être dispensés ici à Montréal, il va nous falloir déménager, sans doute cet été, car nous aurons besoin de plus d’espace.
AN :: Ce baccalauréat, on le voit répond à un besoin et on parle beaucoup de problème de formation dans le jeu. Qu’en est-il vraiment?
SG :: Je siège sur le comité Jeu (Alliance jeu) d’Alliance numérique et TechnoCompétences a aussi réalisé des études dans ce domaine. Ma perception des choses est qu’il y a encore un manque au niveau des programmeurs, du génie logiciel, de l’intelligence artificielle, tout ce qui est le backbone des jeux, même si beaucoup de travail a été fait au niveau des universités. Les entreprises en demandent plus, mais il faut faire attention, car les entreprises ne se plaindront jamais qu’il y ait trop de diplômés sur le marché, cela leur donne juste plus de choix.
Je n’ai pas les derniers chiffres, mais nous assistons à un virage et il faut poursuivre en ce sens pour que si d’autres entreprises viennent s’installer et que l’industrie continue de grandir on soit prêt.
Au niveau des arts numériques et de l’animation 3D, beaucoup de travail a été fait au niveau collégial, cinq DEC en animation 2D et 3D ont été approuvés. Au niveau universitaire, cela commence à bouger, mais ce n’est pas évident, car ce sont des formations coûteuses et complexes au niveau de la technologie et de la main-d’œuvre et il y a peu de professeurs capables d’enseigner à ce niveau. Les docteurs en animation 3D, ça ne cours pas les rues! On est en train de prendre un virage et il est important qu’on soit soutenu et encourager dans ce contexte là.
AN :: Est-ce que les pouvoirs publics sont sensibles à cette réalité?
SG :: Les universités sont autonomes et il y a le conseil des recteurs, le Crépuq. Ils sont sensibles à notre réalité. Au niveau informatique, logiciel, technique, la marche est moins grande, car il est clair pour eux que cela est du domaine universitaire. Au niveau des arts, quand on commence à intégrer des logiciels dans un contexte universitaire, on subit quelques réticences. Est-ce que cela appartient à une formation technique pure qui devrait rester au niveau collégial? Certains pensent que oui. Nous ne partageons pas cette vision. D’ailleurs, dans le domaine du jeu vidéo et du cinéma télé, aux États-Unis et en Europe, ces formations sont de niveau universitaire. Si on veut se positionner et être concurrentiel, il faut absolument que les universités réagissent et abandonnent cette idée que parce qu’on utilise un logiciel, on est un technicien et non un artiste ou un créateur. C’est important. Il faut développer et pousser la créativité dans un contexte technologique.
AN :: Récemment, Ubisoft a ouvert un nouveau studio à Singapour et Bug Tracker en Chine. Faut-il avoir peur d’une délocalisation massive à moyen ou long terme?
SG :: Je crois qu’ à moyen terme les coûts en Asie vont devenir sensiblement les mêmes. Nous ne sommes pas en production, il est donc difficile d‘évaluer les véritables coûts dans ce domaine, mais des collègues qui font affaires avec l’Inde me rapportent que les coûts là-bas ont quintuplé et que l’Inde commence elle-même à sous-traiter en Corée ce qui rend de plus en plus difficile les contrôles de qualité. Il faut maintenir notre avance et ne surtout pas nous reposer sur nos lauriers et continuer à développer l’industrie du savoir. On sait que dans la quantité, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, alors il faut s’assurer que le Québec reste un lieu de qualité.
Lire l'entretien du 8 avril