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Martin Lessard,
consultant, conférencier, spécialiste en stratégie Web et en réseaux sociaux
AN :: Qui sont vos clients et sur quels types de mandat travaillez-vous?
Mes clients sont généralement de deux types : des compagnies early adopter qui cherchent à se positionner stratégiquement sur le web en fonction de leur mission; des agences qui m'emploient pour servir leurs clients qui sont aussi dans la même situation.
Ce sont principalement des compagnies en communication (cinéma/tv, journaux/magazines, web, etc.) mais aussi d'autres secteurs, afin de se positionner sur Internet dans un créneau précis, et ils cherchent à faire du marketing sur les réseaux sociaux, améliorer l'expérience interactivite, à faire une planification stratégique web 2.0 ou simplement analyser les opportunités web.
AN : Vous avez écrit un livre, Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires?, alors précisément pourquoi bloguer?
Bloguer reste profondément un choix personnel : il faut aimer écrire. Ensuite, comme Internet devient comme un énorme annuaire des Pages jaunes où tous recherchent ce dont ils ont besoin en tout temps, ne pas y être équivaut à ne pas exister. Car on n'y cherche pas que des adresses, mais surtout des connaissances et des experts qui possèdent ces connaissances. Alors plus on blogue, plus on laisse des traces de notre expertise, plus on devient visible.
On dit que c'est le "nouveau CV", enrichi, qui démontre du même coup votre compétence. Et plus merveilleux là-dedans c'est que le client potentiel peut se faire une tête avant d'appeler. En lisant le blogue. S'il n'aime pas, il passe son chemin. Sinon, il vient de trouver le bon numéro!
AN : J’ai parfois l’impression qu’il y a encore un fossé important entre la réalité concrète du Web 2.0 comme outils efficace de communication et la réalité de son utilisation?
Si par réalité concrète du Web 2.0, on entend une utilisation tout azimut dans le grand public, c'est vrai qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres. On décrit souvent le Web 1.0 comme un réseau qui relie des pages, et le Web 2.0 comme un réseau qui relie les gens. Dans ce sens, il ne faut pas oublier que le web 2.0 n'est qu'un outil complémentaire pour la majorité des gens et qu'il existe en fait déjà d'autres façons de nous relier entre nous. Le Web maintenant ne fait que pousser exponentiellement ce potentiel à des limites tout à fait nouvelles incoonues auparavant. Mais, comme tout média, c'est un outil qui a ses particularités et ça attire un certain public (qui est différent du CB, de la radio, de la télévision et du cinéma).
Le Web 2.0 reste un outil génial où la participation du plus grand nombre est possible : il permet d'étendre ses capacités de diffuser à son propre réseau social, de façon relativement simple et peu onéreuse. C'est ça la nouveauté. Par contre, il faudra tout de même accepter que tout le monde, en fait, n'ait pas envie de "diffuser". Certains préférons seulement regarder et laisser les autres produire ces nouveaux contenus.
AN :: Vous avez assisté en juin à l’événement Le eLearning, je l’adopte 3!. Qu’en avez-vous pensé?
Je crois que c'est plus un endroit pour se connecter que pour apprendre. Ces gens passent leur année à tenter de faire apprendre à distance quelque chose à quelqu'un. Que l'on ne vienne pas me dire qu'ils vont apprendre quelque chose qu'ils n'ont eux-mêmes pas appris déjà à distance avant d'arriver sur place ;-). Comme le eLearning a délocalisé l'apprentissage, on peut se demander pourquoi faire un "événement eLearning" sur place? En se posant la question "Pourquoi se retrouver ensemble pour apprendre quelque chose quand on peut le faire à distance et à son rythme"? On doit trouver une réponse sérieuse. Et je crois que le réseautage fait partie de la réponse. Car si être ensemble améliore un apprentissage, le eLearning doit reconnaître cette limite fondamentale. Il y a quelque chose qui passe quand on est "sur place" qui est absente dans un environnement d'auto-apprentisage. Comprendre ça fait partie des enjeux du eLearning à mon avis.
AN :: De quoi parlez-vous sur votre blog?
Je m'applique à expliquer en quoi Internet modifie la communication, la société, nos vies. J'y parle des nouvelles technologies, de la web télé, de l'impact sur les médias traditionnels, de la montée des nouveaux influenceurs, aborde des thèmes comme la crédibilité en ligne, l'identité sur le web et les réseaux sociaux. J'aborde des notions qui sont devenues essentielles avec la montée d'Internet : la surabondance de l'information et les stratégies employées par les internautes et les consommateurs pour donner un sens à cet avalanche.
AN : Sur ce blogue, j’ai découvert la mémétique? Pouvez-vous nous la définir brièvement?
C'est une vieille notion qui date de plus de trente ans, mais qui prend son sens aujourd'hui avec les réseaux : un mème, comme un gène, est une cellule autoreproductive, mais pour les idées. Richard Dawkins, dans Le Gène égoïste a popularisé le terme, Susan Blackmore, dans son livre La théorie des Mèmes, l'a relancé récemment dans le milieu académique. Une idée occupe nos têtes comme un virus occupe nos corps et cherche uniquement à se reproduire. Dans le processus, il subit des mutations et seules les plus aptes à survivre se transmettent. Avoir « un air dans la tête » donne une bonne image d'une « idée qui parasite notre esprit ». Les diverses variantes dans les choix, politiques ou religieux, sont des formes mutantes d'idées qui circulent. Le message de cette théorie est qu'il ne faut pas devenir un intégriste pour une idée, car ce n'est pas nous qui la défendons, c'est elle qui nous possède et ça aurait pu aussi bien être une autre idée.
AN :: On parle souvent des avantages du Web 2.0, mais existe-t-il des dangers?
Toute communication, depuis le début des temps, peut être détourné et manipulé. Il est possible de faire de la propagande si on manipule bien le système (comme on manipule parfois les médias). En faisant croire qu’un certain mouvement est généré par des utilisateurs, alors qu’il est conçu de toute pièce, on peut provoquer des changements de mentalité (manipulation politique ou commerciale).
L’autre danger aussi, comme avec toute foule, c’est de voir apparaître des « lynchage numérique » où une victime subit la colère d’un groupe, en ligne ou parfois hors-ligne. C’est le pendant grand public d’une mauvaise presse qui peut briser des vies, des carrières ou des entreprises.
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