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Martin Lessard,
consultant, conférencier, spécialiste en stratégie Web et en réseaux sociaux
AN : Vous avez récemment présenté un atelier intitulé : Nouvelles plateformes, nouveaux contenus : portrait stratégique. Pouvez-vous nous en parler?
C’est pour l’INIS, une formation adressée aux producteurs télé et cinéma qui souhaitent comprendre ce nouveau territoire qu’est la WebTV. Je présentais la première partie, le portrait stratégique. Ils pouvaient ensuite suivre le cours suivant, plus pratique, qui donnait les bases du Web.
Je crois qu’il faut toujours avoir une bonne connaissance du terrain avant de foncer : J’offre un tour d’horizon de ce qui se fait en vidéo sur le web, d’où c’est partie, où ça s’en va et comment expliquer le mécanisme du succès, et des dangers pour leur industrie, car il faut comprendre que c’est toute leur chaîne de valeur qui est mise à mal par Internet et qu’ils ont intérêt à comprendre avant que ça les atteigne.
AN : Selon vous, quels sont les prochaines évolutions majeures qui surviendront?
Je n’aime pas faire des prédictions qui sont ensuite dépassées à la date de parution ;-), mais j’aime regarder loin en avant. C’est pour ça que mes clients me payent. La prochaine évolution majeure, désolé, n’est pas très glamour, mais sera omniprésent dans 10 ans : l’Internet des objets, ou appelé aussi réalité augmentée. C’est la rencontre finale de notre monde avec Internet. Nos objets vont pouvoir communiquer, laisser des traces par écrit, et posséder un minimum d’intelligence pour se corriger et se réparer.
Les objets seront connectés, eux aussi, et on pourra avoir des détails qu’autrefois seule les spécialistes pouvaient avoir : durée de vie d’une ampoule, la batterie de l’alarme de feu qui vous envoie des courriels pour se faire remplacer, une voiture qui placent des réservations chez le garagistes, etc.
Le prochain grand Big bang viendra de ce côté. C’est maintenant qu’il faut commencer à investir pour être le prochain géant dans cette sphère…
AN : N’y a-t-il pas un coté très superficiel attaché au Web 2.0 comme dans Twitter par exemple?
N’y a-t-il pas un côté superficiel au téléphone et à ces longues soirées entre ados? Non, une technologie n’a rien de superficiel en soi. Twitter ne vaut pas plus que le réseau (le vôtre) que vous y trouverez. Si vous vous dites : « Je préfère me lever et aller les voir ». Bien! Faites le, alors.
Je ne crois pas que l'on utilise ces outils pour s'isoler devant l'écran, mais bien parce qu’on est isolé devant l'écran, généralement pour le boulot, qu'on utilise ces outils.
C'est une manière de rester en contact avec plus de gens que l'on pourrait effectivement le faire. On reste en contact visuel avec ceux que l'on aime, mais ce cercle peut être parfois plus grand que ce qui est possible de soutenir. Ces outils permettent de rester en contact, et de les suivre dans leur cheminement personnel, « intime et ambiant ». Mais ce que vous en faites, ensuite, ne dépend que de vous.
AN : Que sera selon toi le Web 3.0?
On dit souvent que ce sera le Web sémantique, ce web où on pourra faire une recherche sur bateau et trouver les pages qui emploient le terme Navire. J’ai personnellement de grands doutes sur sa faisabilité à grande échelle.
AN : Comment se positionne le Québec dans le panorama mondial du web?
Dans ce jeu, comme dans toute chose, c’est une question de nombre, de nombre et de nombre. Si on avait la même force de frappe que Paris ou San Francisco, on serait les maîtres du monde.
AN : Le savoir faire et les compétences québécoises en matière de Web et Internet sont-elles exportables?
Tout à fait, et peut-être plus qu’ailleurs. À la charnière entre l’Europe et l’Amérique, à la confluence du français et de l’anglais, avec un esprit de fondeur de défricheurs, on peut compter sur les québécois pour vous ouvrir le chemin.
AN : Si on ramène le développement du Web à la durée d’une vie humaine, j’aurais tendance à dire qu’on est encore en face d’un pré adolescent qui se cherche. Que serait pour toi le Web devenu adulte?
Quand on cessera de parler du Web comme un « cyperespace » et qu’il sera complètement intégré « dans la vraie vie ». À ce que je sache, on ne parle pas de téléphoneshère ou de télévionautes. Les gens qui utilisent Internet sont aussi ancrés dans la réalité que les gens qui utilisent des cellulaires ou la radio.
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