Yu Centrik

Joëlle Stemp, Co-fondatrice


Alliance numérique : Présentez-vous en quelques mots?

J’ai débuté ma carrière il y a plus de vingt ans dans le domaine des communications écrites, électroniques et en conception d’interfaces. Depuis 2003, je suis présidente et co-fondatrice, avec Chrystel Black, de Yu Centrik une firme montréalaise spécialisée en expérience utilisateur et en ergonomie des interfaces. Chez Yu Centrik, nous visons à réduire la complexité des produits technologiques en concevant des expériences utilisateurs cohérentes, intégrées et performantes.

AN : D’où vient l’idée de Yu Centrik? Que signifie ce nom d’ailleurs?

Yu  = phonétiquement You (vous) et User (pour utilisateur) Centrik = Centré sur l’utilisateur. Dans le choix de « Yu Centrik » nous avions la volonté de choisir un nom favorisant le passage de l’ère des produits « techno-centrés » à celle des produits « ethno-centrés ».

Aussi dans la mythologie chinoise, Yu le Grand fait figure d’un souverain sage et proche du peuple. Depuis cette époque l'expression : « Ne pas être inférieur à Yu » est utilisée pour faire l'éloge de ceux qui accomplissent de grands exploits au service du peuple.

AN : Vous organisez les matins UX et d’autres micro événements. Quel en est le but?

Les Matins UX sont des mini-rencontres gratuites qui ont pour but d’échanger avec la communauté sur leur vécu, leur questionnement sur l’expérience utilisateur de produits technologiques. Nous organisons aussi un événement bi-annuel appelé « ChitChat™ » où des présentateurs abordent des sujets un peu loufoques liés de près ou de loin aux interfaces utilisateurs.

L’ergonomie cognitive est une science récente et nous faisons un effort continu pour contribuer à l’avancement de notre discipline. Nous le faisons par le partage de notre expertise, le transfert de connaissances et la recherche en utilisabilité.

AN : Quels sont, selon vous, les principaux reprochent que l’on peut faire aux sites Web en général?

Nous effectuons beaucoup de tests de sites Web et je dirai que les difficultés d’utilisation sont souvent liées au manque de guidage et de clarté dans la démarche pour permettre à l’utilisateur de réaliser sa tâche rapidement et sans erreurs.

Si on regarde plus loin que le Web et qu’on pense aux produits technologiques en général tels la mobilité, les systèmes à réponses vocales ou les jeux électroniques par exemple, on a l’impression que ces produits sont encore pensés et développés sans connaissance approfondie des besoins et des contextes réels des clientèles. Il y a toujours plus de fonctionnalités que nécessaire alors que tout ce que veulent les utilisateurs c’est une expérience simple, engageante et efficace.

Les difficultés d’utilisation sont aussi très flagrantes avec les interfaces à réponses vocales (appuyez sur le 1, le 2…) qui par leur manque de convivialité et de simplicité font mauvaise figure auprès du public. Peu d’organismes sont conscients de leur complexité d’utilisation. Les interfaces vocales font appel à des aspects cognitifs complexes, entre autres à la mémorisation à court terme ce qui représente un défi important pour plusieurs groupes de clientèle.

AN : Quels sont les mandats types sur lesquels vous travaillez?

Nous participons à des projets traitant d’une grande variété d’interfaces de systèmes interactifs : Web, logiciel, mobilité, interface vocale et télévision interactive. Nous travaillons présentement à la conception de l’interface d’une application interne pour l’entreprise indienne le Groupe Tata Communications. Nous terminons la refonte et l’évaluation du système à réponse vocale de la Régie des rentes du Québec, nous participons à la conception d’une application iPhone et avons plusieurs projets de conception et d’évaluation avec Vidéotron.

AN : Vous avez mis au point de nombreux tests très spécifiques. Pouvez-vous nous en présenter quelques-uns?

Nous faisons des tests sur n’importe quel système ou dispositif, avec n’importe quel groupe de clientèle et n’importe où dans le monde. Nous testons autant la performance des systèmes que l’expérience vécue par les utilisateurs, leurs motivations vis-à-vis du produit, leurs perceptions et les émotions ressenties.

Nous avons mis au point une méthode pour tester les systèmes à réponse vocale interactive (RVI). Plusieurs de nos clients ont des lignes de services à la clientèle pour lesquelles ils reçoivent des centaines de milliers d’appels par an. Ces services téléphoniques sont critiques pour le succès du service clientèle dans son ensemble et l’image de marque. Nous concevons des prototypes de services téléphoniques totalement interactifs, qui permettent de tester l’arborescence des menus, la terminologie utilisée et l’efficacité des options offertes aux appelants. Les tests effectués avec ces prototypes permettent de valider plusieurs arborescences en parallèle lors d’un même test, de comparer les taux de succès des participants, et de permettre à nos clients d’anticiper, bien avant le développement de leur système, les avenues possibles et l’atteinte de leurs objectifs.

AN : Vous avez siégé sur le jury de la MindTrek Conference. Pouvez-vous nous parler de cet événement?

Le Nokia Ubimedia MindTrek Awards est une compétition internationale organisée en Finlande par trois organismes : Nokia, le Centre d’expertise d’ubiquité Informatique de la région de Tampere, et le groupe de recherche NAMU.

Le but de cette compétition est d’encourager les concepteurs de médias numériques à générer des idées innovatrices, créer des nouveaux produits dans un contexte d’ubiquité tout en pensant au-delà du simple écran. Peuvent être présentés tant des environnements ou installations ambiants, que des travaux artistiques dans un contexte d’ubiquité, des jeux et autres médias interactifs intelligents. Un des prix de cette compétition européenne est maintenant ouvert à l’international et les créateurs de tous horizons sont invités à y participer.


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