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Social2U
Michael Bliah et Emmanuel Delmoly,
Président et Vice-président
AN :: Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Emmanuel Delmoly (à droite) :: J’ai commencé à travailler dans le Web il y a 12 ans en tant que producteur technique notamment pour des sites de communauté notamment Yafool. C’était un site en Flash gratuit avec des jeux, du contenu, etc. On retrouve aujourd’hui tout cela chez Social2U. J’ai ensuite longtemps travaillé comme consultant à Paris et en Europe avant de venir m’installer ici pour le beau temps, les hivers rigoureux et surtout pour les conditions économiques. Je suis très content d’avoir fait ce choix, car Montréal, le Québec et l’Amérique du Nord, mais surtout le Québec et la politique qu’il met en place, font en sorte que même en ce temps de crise, il y a un dynamisme qui est présent.
Michael Bliah :: Je vis au Québec depuis 10 ans. Auparavant, j’ai travaillé en Europe, tant en France qu’en Angleterre, pour des plateformes comme shop.com. Je suis ensuite venu ici faire un MBA spécialisé dans le marketing en ligne. J’ai plus tard rejoint Aldo pour qui j’ai mis en place leur stratégie Internet. J’ai alors réalisé que j’aimé ça, mais que je voulais le faire à plus grande échelle pour plusieurs clients. J’ai donc travaillé, pendant cinq ans, pour Nurun où j’étais en charge de la stratégie pour des clients comme L’Oréal, Videotron, Bombardier, BRP, etc. J’ai ensuite rejoint NetWorldMedia en tant que vice-président avant de créer Social2U en avril 2008.
AN :: Quelle est l’idée qui donne naissance à Social2?
MB :: On avait commencé à travailler ensemble On a été approché par Electronic Arts pour mettre en place le scrabble en ligne sur Facebook. On s’est alors demandé s’il n’y avait pas un marché dans le jeu, le jeu occasionnel sur Internet et dans les réseaux sociaux. Il y avait des joueurs dans le domaine, mais il faisait leurs applications pour eux et non pour des marques. On avait donc les marques d’un coté et les consommateurs de l’autre, notre idée de départ était de les relier d’où Social2u.
On a commencé à se développer sur Facebook, mais très vite on a vu qu’il y avait d’autres réseaux sociaux et qu’il fallait mettre en place une plateforme qui permettrait de créer des applications qui elles pourraient se transposer sur tous les réseaux sociaux, car il n’y a pas que Facebook, il y en a d’autres comme Bebo, Hi5, Orkut, Linkedin. Chacune à une API qui permet de se connecter à une application et ensuite de maximiser l’investissement de départ, lorsque l’on crée un jeu par exemple.
ED :: De mon coté, je rêvais depuis longtemps de créer mon entreprise. J’attendais juste de rencontrer la bonne personne.
Pour faire simple, le Web a changé. Aujourd’hui, on se connecte. On a plus un simple moteur de recherche qui nous permet de trouver des sites. Les sites se trouvent entre eux. Pour l’instant, il y a encore des sites classiques et des sites de communautés. Ce concept ne va plus durer très longtemps. C’est ce que les gens aiment sur le web, d’être identifié, d’identifier leurs amis, la notion d’amis sur le Web est particulière, mais ça existe. C’est là, ça fonctionne, mais ça n’est pas encore pleinement utilisé et compris par les marques qui ne savent pas encore comment ça fonctionne, comment on s’en sert, car il faut savoir comment on s’en sert. C’est ce que nous développons comme expertise. On veut développer cette dernière et surtout mettre en place des stratégies qui fonctionnent.
MB :: Le mariage est parfait, je m’occupe davantage du développement d’affaires tandis qu’Emmanuel s’occupe plus de l’aspect technique alors qu’on élabore ensemble les stratégies. On gagne donc en crédibilité.
AN :: Votre premier client était Electronic Arts. Sur quoi avez-vous travaillé pour eux?
ED :: Sur le Scrabble en ligne. On a livré la version bêta en juin 2008 et la version Gold le sera très prochainement. On la trouvera sur Facebook et sur d’autres sites de communautés. C’est la stratégie qui a été adoptée d’être présent partout.
AN :: Quels sont vos projets actuels et futurs?
MB :: On va sortir une application pour l’émission américaine Hell’s Kitchen qui est suivie par 12 millions de spectateurs. C’est une sorte de Star académie de la cuisine, animée par Gordon Ramsay qui a un style à la Simon Cowell d’American Idol. C’est surtout un grand chef reconnu. On a un partenariat avec Ludia, qui a créé la version du jeu vidéo pour la Wii et le PC, pour développer la version Facebook puisqu’on s’occupe de la licence pour le volet social. Ce projet sera en ligne à la fin du mois.
On va ensuite travailler sur d’autres jeux comme American Idol, etc, et d’autres propriétés de EA dont on ne peut parler pour l’instant. Il faut savoir que la création d’une application sociale ne s’arrête jamais, car il y a un travail de suivi, de mise à jour, etc.
Aussi, ce qu’on ne voit pas sur un jeu sur console, c’est que sur Facebook, une fois le jeu lancé, on dispose immédiatement de commentaires, de critiques sur le mur (Wall) comme par exemple : On aimerait telle ou telle fonctionnalité, telle application ne fonctionne pas, etc. Cela crée un échange et un lien entre la marque et les utilisateurs. C’est une évolution qui permet d’arriver à enrichir la communauté.
AN :: Qu’est ce qui vous différencie des autres agences?
ED :: On s’inspire pas mal de ce que fait Google. On les a d’ailleurs rencontrés récemment pour un projet. On essaie de maintenir un environnement de travail pour des passionnés. On essaie de les comprendre, de comprendre ce qu’ils font, d’être à leur écoute dans un environnement assez sympathiques avec un espace lounge, etc.
MB :: On essaie aussi de les enrichir. On leur fait suivre des formations. Au début d’un projet, on passe du temps à les écouter. On travail en équipe ce qui crée une cohésion et permet d’être en contact avec le projet, le livrable, mais aussi avec le client qui vient rencontrer l’équipe et voir comment on est organisé. Ce qui est bénéfique pour le client et pour l’équipe qui voit la personne derrière le projet. On essaie d’être très humanisé, très consensuel.
AN : Quand on veut grossir au Québec, il faut rapidement de tourner vers l’étranger. Vous parliez d’EA, de Google. Avez-vous d’autres clients?
ED :: On veut travailler avec les États-Unis. On a beaucoup de clients québécois, mais on travaille là-dessus. On a d’ailleurs embauché quelqu’un qui travaille précisément sur ce marché.
AN : Vous avez crée Social2U seuls. Quels en sont les avantages et les inconvénients?
ED :: L’avantage, c’est que nous sommes les seuls décideurs. Nous sommes donc complètement libres. Les inconvénients sont qu’il faut assurer les salaires, le service, les contrats et en trouver de nouveaux, organiser la production à l’interne de nos propres produits tout en respectant les ressources.
MB :: Il est faux de croire que l’arrivée d’un investisseur va nous permettre de croître plus vite. Exemple, demain, si on m’offre 10 M$. Il faut que je recrute, que j’organise toute ma production, que j’aille chercher de nouveaux clients. C’est un risque énorme qui peut ne pas être payant.
ED :: On a aussi senti la crise arriver. On n’est pas contre un financement mais on souhaite être capable de financer nos propres projets. Tant qu’on est capable de le faire, on préfère fonctionner comme cela.
MB :: Quand on parle de ressentir la crise. On pourrait dire oui et non, car, par exemple, le coût d’une ressource en Flash peut aller du simple au double entre ce que l’on trouve aux États-Unis et ce que l’on peut proposer ici, sans parler du taux de change etc. Il peut donc être très intéressant pour un client américain de travailler avec nous. La connaissance des réseaux sociaux que l’on a et aussi quand même très difficile à trouver.
AN :: Vous avez monté une belle équipe en peu de mois, malgré la pénurie de main d’oeuvre. Quel est votre secret?
ED :: Des salaires au dessus de la moyenne, une ambiance de travail intéressante, une écoute, des projets intéressants, une vision, car on sait clairement où on s’en va.
MB :: Ce qu’on propose, c’est une aventure avec des pilotes qui vont t’écouter. Le bouche à oreille fonctionne ensuite.
AN :: Vous avez travaillé en France et été entrepreneur. Quelle différence entre la France et le Québec dans le domaine de la création d’entreprise?
ED :: En France, Il y a un aspect purement technique. C’est compliqué, c’est long et ça coûte cher. Une fois l’entreprise créée, on a une épée de Damoclès qui s’appelle L’URSSAF (Union de Recouvrement pour la Sécurité Sociale et les Allocations Familiales). Il faut avoir beaucoup de trésorerie.
En plus, l’entrepreneur n’est pas hyper bien vu. Il est suspect. C’est le feeling que j’ai eu.
Ici, c’est hyper simple de créer une entreprise, ça ne coûte quasiment rien et c’est très soutenu. C’est très dynamique parce qu’on va créer de l’emploi, etc. On va peut être se planter, mais ça n’est pas plus grave que ça. On ne se fera pas écraser par le système.
Ce sont deux visions politiques complètement différentes, mais si on veut tester des idées, monter des équipes, faire des choses, il vaut mieux être au Québec, en Angleterre ou aux États-Unis, qu’en France.
MB :: Il y a aussi le fait que les clients font confiance. EA, par exemple, a fait confiance à une petite entreprise comme la nôtre. Si on se plante, on ne fera plus affaires avec nous, mais on nous donne la chance d’essayer. Le bouche à oreille se fait vite aussi.
AN :: Avec la création de Social2U, quel est votre objectif?
ED :: Être le leader nord américain dans la maîtrise des médias sociaux peu importe l’application, le support, la plateforme. Ce qu’on veut, c’est maîtriser, complètement, et ce qu’on veut suivre, par ce qu’on y croit vraiment c’est cette souche sociale qui a enrobé le Web. On veut devenir la référence.
Entretien réalisé le 16 janvier 2009 par Olivier Champion.
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