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Fidel Studios
Alex Guériguian,
Associé-fondateur
Alliance numérique : Pouvez-vous nous présenter votre parcours avant Fidel?
Alex Gueriguian : J’ai un baccalauréat en psychologie et un autre en cinéma de Concordia. Avant mes études, j’ai aussi travaillé en France, pendant cinq ans, où j’ai fait du repérage pour des films, de la production de courts, de pubs et de films, mais j’ai aussi été coureur cycliste pour une équipe semi professionnelle et livreur de pizzas. J’ai ensuite travaillé avec David Nadezhdin, qui est aujourd’hui mon associé. On est allé à Concordia ensemble et travaillé sur plusieurs projets (scénarisation, direction photo, réalisation, autant en publicité qu’en court ou long métrage) avant de créer Fidel.
AN : Puis, vous créez Fidel en 2005?
AG : Exact. On essaye de combiner la technologie avec le fait de raconter des histoires. On y fait beaucoup d’animations et même un long métrage. On travaille les différentes disciplines numériques pour créer des expériences uniques.
Depuis quelques années, on s’intéresse au milieu du jeu et notamment au jeu occasionnel (Casual Gaming). On est une petite équipe.
AN : Quel était le but votre objectif en créant Fidel?
AG : Raconter des histoires. Mixer des productions interactives. On était pas mal à l’aise dans les productions traditionnelles où il y avait déjà pas mal de gros joueurs. On a donc décidé de s’orienter vers l’interactif quelle que soit la plateforme. On a donc mis de coté nos rêves de cinéma parce qu’on croyait que le web et les nouveaux médias nous passionneraient.
AN : Qui sont vos clients?
AG : Astral Media, Télétoon, WeMüv et la CBC en Ontario, Kim & Co, Palm Havas, Park Ex Pictures, BBDO Montréal, Upperkut, RDS, etc. On travaille aussi avec quelques agences, notamment aux États-Unis (Outernational, Exceed Digital). C’est un beau mélange de clients et on aime travailler avec eux.
AN : Vous avec quatre ans d’existence et déjà une liste de clients impressionnante. Quel est votre secret?
AG : Au lieu de bâtir la compagnie autour d’associés qui ne vont faire que du développement d’affaires, on a vraiment privilégié le talent autour de Fidel, celui des gens à l’interne afin d’avoir un lien très étroit, l’humain. On voulait aussi bien connaître le medium avec lequel on travaillait. On a aussi grandement profité de notre réseau de gens qui connaissent des gens, etc. On mettait l’accent, non pas sur le speech de vente, mais sur le speech d’accompagnement. Aujourd’hui, de plus en plus, on a des gens qui nous appellent, parce que le bouche à oreille fonctionne.
Un client qui nous appelle va nous dire. Qui est Fidel? On va lui répondre que Fidel respecte les échéanciers, le budget et fait de la qualité. On mise là-dessus et on essaie de développer un vrai partenariat et de créer de la valeur ajoutée pour chaque projet sur lequel on travaille.
AN : Vous miser aussi beaucoup sur la R&D?
AG : Absolument. Dès le départ, on a fait de la R&D sur de la technologie 3D, de l’holographie, etc. L’idée est : Comment pousser la technologie dans laquelle on évolue pour favoriser les projets sur lesquels on travaille? 20 % du temps des employés va à de la recherche à travers des projets individuels et des projets communs. C’est certain qu’on ne le fait pas toutes les semaines. Les programmeurs, les designers, les associés partagent des projets.
On se renseigne aussi pour déterminer si l’on peut bénéficier des crédits d’impôts en RS&DE et du nouveau crédit d’affaires électronique d’Investissement Québec.*
AN : Ce cocktail de talent et de qualité semble vous réussir puisque vous avez déjà travaillé sur de gros projets?
AG : Color Vandetta avec L’Oréal et Upperkut, puis Léo et Choc avec BBDO Montréal pour lequel on a travaillé avec eux sur les concepts, les personnages, les capsules animées (cinéma, web), la plateforme web, les bannières, les bandes dessinées imprimés pour les journaux, les cartons, etc. Cette campagne a super bien marché. Elle nous a donné énormément d’expériences et plein d’idées pour améliorer notre méthode, la relation client, etc.
AN : Vous parliez plutôt de jeu. Sur quoi travaillez-vous dans ce domaine?
AG : On doit lancer prochainement une plateforme virtuelle pour enfants. On a développé 20 jeux : concepts, jouabilité (gameplay), visuels, programmation. On travaille aussi sur des jeux pour Télétoon, etc. On a une équipe à l’interne qui aime beaucoup les jeux.
AN : Vous êtes donc déjà une véritable agence multiplateforme.
AG : Oui. On travaille sur tout ce qui est interactif et numérique. On vient, par exemple, de faire les titres et le générique du film Trotsky, de l’équipe de Bon Cop, Bad Cop. On pitch aussi sur les stunts et les campagnes en ligne pour certains films d’Alliance Vivafilm. On vient de faire des capsules pour La Presse Télé.
On a de très bonnes relations avec nos fournisseurs. Par exemple, on essaie d’établir des partenariats sur certains projets, certaines technologies avec Toon Boom à Montréal, par exemple.
AN : Comment ça se passe concrètement?
AG : On se parle, on discute et on présente des projets. Il faut juste à un moment travailler à livre ouvert. C’est une question d’ouverture et de ne pas cacher ce que l’on fait, au contraire. Eux vont apprendre de nous, nous d’eux et au final, on s’entre aide et on devient meilleur et plus efficace.
AN : Le Québec donne-t-il à des entreprises comme la tienne les outils nécessaires à leur développement?
AG : Il y a de beaux outils pour se développer, pour expérimenter. On est une jeune compagnie, mais on voit des agences qui ouvrent des bureaux à Toronto. Comme Revolver 3 par exemple, que j’adore, que je respecte énormément et fait du très beau travail à tous les niveaux. Je pense qu’ils vont très bien fonctionner à Toronto.
Montréal est une belle plateforme pour développer des outils disponibles et bénéficier des incitatifs gouvernementaux qui permettent ensuite d’avoir des bases solides pour alléger notre structure financière ou optimiser nos ressources humaines pour aller plus loin. Ouvrir un bureau à Toronto ou ailleurs. New York n’est pas une finalité. On voit une agence comme Sid Lee qui ouvre un bureau à Amsterdam et envisage d’en avoir d’autres à Paris, Miami. Personnellement, je serai plutôt tenté par Los Angeles, même si on discute en ce moment avec Razorfish à New York, où on a déjà deux clients, pour travailler avec eux.
Montréal est un très bel endroit pour créer une entreprise, mais c’est difficile ensuite de la faire grandir.
AN : Ce qui explique que vous ayez un studio en Ukraine. Est-ce un passage obligé pour être compétitif?
AG : C’est un choix. C’est difficile de trouver de la main d‘œuvre à Montréal. Donc, soit tu payes le gros prix, soit tu engages des débutants. On avait, il y a deux ans, un projet de réseaux social, Roll-a-Name, et comme mon associé, David, est Russe, on les a testé sur ce projet et sur des petits projets à nous. Ils travaillaient déjà sur des projets pour les États-Unis et sont très bons. On a donc décidé de les engager et ouvrir un studio là-bas. On peut aussi parfois mettre plus de temps et d’efforts sur la structure du projet parce qu’au final un aspect de la production va coûter moins cher. Au final, le prix peut parfois être identique que si tout était fait ici, mais le client en a plus pour son argent. On augmente donc notre valeur ajoutée.
AN : Alliance numérique prépare une mission à New York en novembre. Est-ce que vous pensez que Montréal dispose, avec le coût moindre de sa main d’ouvre, d’un atout pour aller chercher des contrats?
AG : Oui, on peut être très compétitif, mais il ne fait pas oublier qu’une agence comme Razorfish, par exemple, qui possède des bureaux partout dans le monde, met à la tête de son bureau d’outsourcing des gens d’origine pakistanaise ou indienne qui ont la négociation et le marchandage dans le sang. Ma mère est égyptienne d’origine arménienne et je sais de quoi je parle. La question est donc? Que peut-on leur offrir? New York est un marché très dur. Je pense personnellement que Los Angeles est tout aussi intéressante.
AN : Vous parliez d’un projet interne. Pouvez-vous nous en dire plus?
AG : C’est par exemple de développer la propriété intellectuelle. C’est parfois lié à notre programme R&D, mais pas toujours. Cela contribue à créer une culture d’entreprise, à développer le coté humain de notre entreprise.
C’est l’un de nos atouts face à nos gros concurrents si l’on veut conserver ou attirer nos employés. On les implique au maximum.
AN : Justement, que trouvez-vous le plus difficile au quotidien?
AG : Les Budgets. Il y a une grosse différence entre ce que je suis capable de facturer à New York ou Toronto et ici, à Montréal où il est difficile d’en obtenir la moitié. Les entreprises te testent sur des budgets intermédiaires et puis, à près, c’est parti. Il y a une négociation qui se fait certes mais qui est satisfaisante pour les deux parties.
J’ai participé à KidScreen à New York , où j’ai rencontré la CBC, Radio-Canada, Mattel, et tous ceux que je ne pouvais pas nécessairement rencontrer à Montréal. Cela a débouché sur une entente de développement avec CBC, une entente de fournisseur avec TFO, et une bonne relation avec Radio-Canada. On a aussi rencontré les gens des cartoons network. À Toronto, à Inexchange où j’ai pu rencontrer les gens de Télétoon qui étaient plus difficiles à voir ici, alors que là bas, ça s’est fait en deux minutes. On a surtout parlé de ce qui se faisait en tant que plateforme virtuelle pour enfants, mais surtout des bienfaits de ces plateformes.
AN : Vous avez un projet en cours dans ce domaine, je crois?
AG : Oui, on va lancer une plateforme virtuelle qui va être distribuée à 24 000 étudiants début mai à travers les commissions scolaires au Canada, puis encore 24 000 en septembre, et enfin quatre tranches de 24 000, en 2010.
On a travaillé avec le Physical and Health Education Canada qui chapeaute l’éducation physique à l’école. Le but est d’encourager l’activité physique. Ils ont tous un petit podomètre et doivent avoir fait l’activité physique pour avoir accès à la plateforme.
AN : On est ici à la limite du jeu sérieux ou du ludo éducatif?
AG : Exactement. On utilise le Casual Gaming orienté vers le jeu sérieux. On a pris leur podomètre développé en Chine, mais tout l’encryptage a été développé ici.
* Alliance numérique propose le 21 mai une activité qui fera le point sur le nouveau crédit d’impôt Affaires électroniques.
Entretien réalisée le 23 avril par Olivier Champion
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